Le stress de "réussir sa vie"

J’ai parfois l’impression que l’une des plus grandes sources de stress aujourd’hui n’est pas forcément le le travail, ni l'état de nos finances, ou encore le manque de temps, c’est peut-être la pression de devoir "réussir sa vie". Une pression diffuse, discrète, mais ô combien sournoise et présente dans nos pauvres petites têtes.

En effet, cette pression est partout, dans les conversations entre amis, dans les repas de famille, sur les réseaux sociaux, dans les médias et parfois même dans nos propres pensées. Dans les miennes ça ressemble un peu à :
À quel âge faut-il avoir trouvé sa voie ? Est-ce normal de vouloir changer de métier à 35 ans ?
Peut-on être heureuse sans enfant ? Est-ce grave de repartir à zéro, de ne jamais vraiment savoir ce que je veux ?
Et pendant que nous essayons de répondre à toutes ces questions, une autre inquiétude apparaît souvent : celle d’être en retard. Comme si la vie était une immense course dont tout le monde semblait connaître les règles à l’avance sauf vous !
Le plus étonnant, c’est que personne ne nous a jamais vraiment expliqué ce que signifiait « réussir sa vie » alors que nous sommes nombreux à courir après cet objectif.
Pendant longtemps, les critères (de la société) semblaient relativement simples et si je schématise il fallait : faire des études, trouver un emploi, construire une famille, acheter une maison, partir de temps en temps en vacances. Étonnamment cela n'a pas fait des générations avec une santé mentale au top...
Aujourd’hui, les attentes se sont encore multipliées et il ne suffit plus d’avoir un travail, il faut aussi qu’il ait du sens. Il ne suffit plus de gagner sa vie mais il faut être passionné. Il ne suffit plus d’être compétent, il faut également être épanoui. Il ne suffit plus d’être heureux, il faut que cela se voit.
Nous vivons dans une époque où l’on nous encourage constamment à devenir "la meilleure version de nous-mêmes" et cette injonction est en train de tous nous rendre zinzin car à force de chercher à être plus performant, plus accompli, plus équilibré, plus serein, certains finissent par avoir l’impression de ne jamais être assez. Le bonheur devient un projet à gérer à temps plein et la réussite une liste de tâche à cocher dans un certain ordre et à un certain rythme. C'est comme si notre propre existence était en permanence évaluée et notée par des personnes que nous ne connaissons même pas.
Et lorsque certaines cases restent vides, le doute s’installe et votre santé mentale vacille doucement :
Ai-je fait les bons choix ? Suis-je en train de passer à côté de quelque chose ? Les autres sont-ils plus avancés que moi ?
Le piège de la perfection : quand réussir sa vie devient une mission impossible
Derrière cette quête de la vie réussie se cache souvent une autre idée, encore plus épuisante : celle de cette foutue perfection.
Car au fond, ce que beaucoup d’entre nous recherchent, ce n’est pas simplement une vie satisfaisante, c’est la "bonne vie", la vie "de rêve". Comme s’il existait quelque part une version optimale de notre existence que nous devrions absolument atteindre. Sauf que cette existence fantasmée n'existe pas et puis il n'est pas certain que ce fantasmes soit le vôtre. Il est certainement celui que nous impose la société. Nous vivons en effet dans un monde qui nous pousse constamment à être davantage : plus performants, productifs, équilibrés, beaux, épanouis...bref on nous épuise.
Pourtant, plus j’avance dans ma pratique, plus une chose me paraît évidente : nous sommes tous profondément différents. C’est d’ailleurs l’une des premières choses que l’on apprend lorsque l’on s’intéresse à la psychologie, au fonctionnement humain ou même simplement à l’accompagnement des personnes : il n’existe pas deux individus qui pensent exactement de la même façon, il n'y a pas deux histoires identiques, deux sensibilités identiques ou deux parcours identiques.
Alors pourquoi imaginons-nous qu’il puisse exister une seule façon de réussir sa vie ? Pourquoi voudrions-nous tous cocher les mêmes cases ? Cela n'a aucun sens !
Certaines personnes seront profondément heureuses dans une vie familiale très présente alors que d’autres s’épanouiront davantage dans leur liberté. Certaines trouveront leur équilibre dans la stabilité, d’autres auront besoin de mouvement, de changement et de nouveaux défis. Certaines personnes accorderont une place centrale à leur carrière, d’autres à leurs relations, à leur créativité, à leurs engagements ou à leur qualité de vie. Aucune de ces aspirations n’est plus valable qu’une autre.

Le problème apparaît lorsque nous commençons à évaluer notre existence selon des critères qui ne sont pas les nôtres.
Eh oui, nous poursuivons des objectifs parce qu’ils sont socialement valorisés plutôt que parce qu’ils nous correspondent. On a plus tendance à construire une vie qui ressemble à ce que l’on attend de nous plutôt qu’à ce que nous désirons réellement.
Peut-être que la véritable question n’est donc pas : « Est-ce que je suis en train de réussir
ma vie ? » Mais plutôt : « Est-ce que je suis en train de construire une vie qui me ressemble ? »
Car au fond, il n’existe pas de vie parfaite au même titre qu'il n'existe pas de liste de la réussite universelle à cocher.
Il existe simplement des êtres humains différents, avec des besoins différents, des valeurs différentes et des façons très différentes de trouver du sens à leur existence. Et c’est bien précisément ce qui rend toute comparaison aussi injuste que stérile.
Comment sortir de cette pression ?
Il n’existe évidemment pas de solution miracle, mais il est possible d’apprendre à prendre un peu de recul.
Exercice n°1 : Remplacer vos objectifs par vos valeurs
Lorsque nous cherchons à “réussir notre vie”, nous avons souvent tendance à nous fixer des objectifs : obtenir une promotion, acheter une maison, trouver le partenaire idéal ou encore atteindre un certain niveau de réussite sociale.
Le problème, c’est que ces objectifs sont souvent influencés par ce que la société valorise, par les attentes de notre entourage ou par les comparaisons que nous faisons avec les autres.
À l’inverse, les valeurs représentent ce qui est réellement important pour nous. Elles servent de boussole et donnent une direction à notre vie, indépendamment des cases à cocher ou des critères de réussite imposés de l’extérieur.
Un exercice intéressant consiste à prendre quelques minutes pour identifier 3 à 5 valeurs qui ont véritablement du sens pour vous.
Par exemple (liste non exhaustive) : La liberté / La famille / L’authenticité / La créativité / La sécurité / La bienveillance / L’autonomie / L’aventure / La curiosité / L’apprentissage / La santé / L’humour/ L’amitié / Le partage / La simplicité / L’engagement / La justice / La spiritualité / L’indépendance/ L'amour / L’équilibre
Une fois vos valeurs identifiées, posez-vous quelques questions :
Est-ce que ma vie professionnelle est aujourd’hui alignée avec ces valeurs ?
Est-ce que mes choix de vie reflètent réellement ce qui compte pour moi ?
Est-ce que les objectifs que je poursuis me rapprochent de ces valeurs ou cherchent-ils surtout à répondre à des attentes extérieures ?
Est-ce que certaines de mes frustrations actuelles pourraient venir d’un décalage entre mes valeurs et mon mode de vie ?
Lorsque nos choix redeviennent cohérents avec nos valeurs, la pression de réussir à tout prix commence souvent à diminuer.
Exercice n°2 : Se mettre à la place de...
Imaginez qu’un(e) ami(e) vous dise :
« Je ne suis pas sûre d’avoir choisi le bon métier » /« J’ai l’impression d’être en retard dans ma vie »
« Je n’ai toujours pas trouvé ma voie. »
Que lui répondriez-vous ? Lui diriez-vous qu’il/elle a raté sa vie ? Lui diriez-vous qu’il/elle devrait déjà avoir les réponses ?
Probablement pas, vous lui rappelleriez qu’il/elle fait de son mieux avec les informations dont il/elle dispose aujourd’hui. Alors pourquoi nous parlons-nous parfois avec une dureté que nous n’utiliserions jamais envers quelqu’un que nous aimons ? Vous trouver probablement parfaitement normal d'être régulièrement un peu paumé(e) et d'avancer à tâtons dans la vie. Lorsque les autres vous en parle cela vous semble juste humain, pourtant venant de vous ça ne passe pas. Cet exercice permet souvent de prendre conscience du niveau d’exigence que nous nous imposons quotidiennement.
Au fond, le plus grand piège de cette quête est peut-être de croire qu’il existe un moment où nous aurons enfin la certitude d’avoir "réussi notre vie".
Comme si un jour nous pouvions nous asseoir et déclarer : « Voilà, c'est bon, j'ai réussi. »
Mais la réalité est bien différente car n'oubliez jamais que nous sommes tous des êtres profondément changeant, que vos envies évoluent, vos priorités changent et vos projets se transforment.
Ce qui avait du sens à 25 ans n’en aura peut-être plus à 40 et encore moins à 60 et c’est bien normal.
Peut-être que réussir sa vie n’est pas une destination, c’est simplement continuer à construire une existence qui nous ressemble suffisamment, tout en acceptant qu’elle soit imparfaite. Et finalement, c’est peut-être cette imperfection qui la rend profondément humaine et qui fait de vous une personne qui gagne à être connue :)




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